Les arrestations en masse d’orpailleurs clandestins en Côte d’Ivoire ces derniers temps suscitent une grande joie auprès des populations ivoiriennes. Mais le journaliste ivoirien Tiémoko Assalé reste lui, plutôt sur sa faim. Selon lui, l’Etat doit plutôt chercher à remonter vers toute la chaine impliquée dans le processus d’orpaillage en Côte d’Ivoire, en plus des interpellations d’orpailleurs sur les sites clandestins.
Les arrestations d’orpailleurs clandestins en Côte d’Ivoire ont considérablement augmenté ces derniers jours. Les autorités ivoiriennes ont accentué les actions de répression de l’orpaillage illégal dans plusieurs localités en Côte d’Ivoire. A Zaranou, 5 orpailleurs étrangers ont été mis aux arrêts par la BSSI, une brigade spéciale du ministère des eaux et forêts. Dans la localité de Yakassé-Attobrou, la gendarmerie a mené une descente sur un site d’orpaillage. Cette descente a permis plusieurs arrestations d’orpailleurs clandestins. Malgré les arrestations en masse d’orpailleurs clandestins en Côte d’Ivoire, Tiémoko Assalé est loin d’être satisfait. S’il faut saluer les actions repressives sur le terrain, l’ancien député estime pour sa part que l’Etat doit remonter toute la chaine de l’orpaillage, pour un véritable démantèlement de l’orpaillage illégal, en s’intéressant notamment à ceux qui financent cette activité :
«Une pelleteuse a un propriétaire. La dynamite a un fournisseur. L’or a un acheteur. L’argent a un destinataire. Pourtant, dans la lutte contre l’orpaillage clandestin, seuls les creuseurs semblent avoir un visage. Voilà peut-être le véritable mystère. Près de 65 % des personnes arrêtées sont des étrangers précaires recrutés pour creuser, transporter le minerai, alimenter les motopompes ou garder les campements. Les petites mains du système. Ceux qui manipulent la poussière pendant que d’autres encaissent l’or. Ce sont eux que l’on photographie, que l’on exhibe et que l’on emprisonne. À l’inverse, financiers, collecteurs, acheteurs, logisticiens et bénéficiaires finaux semblent avoir découvert un privilège rare : exister économiquement sans exister judiciairement. Une industrie qui génère des milliers de milliards de francs, mais dont les véritables investisseurs demeurent introuvables.
Une prouesse qui mériterait presque une publication scientifique. Car il faut croire que l’argent sale a acquis des propriétés extraordinaires : circuler sans transporteur, se blanchir sans blanchisseur et enrichir sans bénéficiaire… Une pelleteuse ne pousse pas dans une forêt classée. Un porte-char ne traverse pas le pays déguisé en bicyclette. Le mercure et le cyanure ne migrent pas seuls vers les sites clandestins. Tout ce matériel a une origine, un vendeur, un transporteur, un financement et souvent une autorisation. Avant d’atterrir dans la forêt, il a d’abord circulé dans le monde parfaitement légal des factures, des registres et des transactions. Les traces existent. Les factures existent. Les flux financiers existent.
Les fournisseurs existent. Même les pelleteuses existent. Curieusement, ce sont souvent les enquêtes qui disparaissent. Le vrai mystère n’est pas la présence d’une excavatrice dans une forêt. C’est son voyage jusqu’à ces forêts, y compris dites classées… Lorsqu’un commerce illégal de plusieurs milliers de milliards ne produit presque aucun grand bénéficiaire devant les tribunaux, ce n’est plus un hasard. C’est un indice. L’État combat-il réellement le système de l’or illégal, ou seulement sa main-d’œuvre ?», fait savoir le journaliste d’investigation ce lundi. Il y’a de cela quelques jours, le porte-parole du gouvernement invitait les chefs de village et de communauté à s’engager pleinement dans cette lutte contre l’orpaillage clandestin :
«Et je profite pour parler à tous les chefs qui sont ici : soyez le véritable rempart contre cette pratique destructive. Parce que la vérité, aucun orpailleur ne peut s’installer sur un périmètre s’il n’y a pas la bénédiction du chef de village ou du chef… Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible ! Nous sommes tous complices et il est temps de se réveiller pour lutter contre ce phénomène qui est une menace pour nous.», affirmait Amadou Coulibaly.






